Devoir de Philosophie

Par opposition à la science, à l'activité sociale, à l'esthétique, la philosophie ne vous apparaît-elle pas comme narcissisme stérile, barricadée dans un solipsisme qui prend ses désirs pour des réalités et aboutissant tout au plus à une oeuvre littéraire, donc esthétique, perdue parmi les autres ?

Publié le 03/10/2009

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Ainsi les spéculations philosophiques ne seraient-elles qu'un moment de la pensée humaine, moment nécessaire sans doute, mais destiné à être dépassé comme le laisse entendre la loi comtienne des trois états. Quand Renan écrit l'Avenir de la Science, il entend que l'avenir est à la science. Seules des connaissances positives reposant sur des observations précises et des raisonnements rigoureux, et réalisant par là l'accord des esprits, pourraient aider l'homme à résoudre les problèmes qui se posent à lui. Aussi se figure-t-on volontiers que se livrer à la philosophie, c'est s'enfermer dans une tour d'ivoire et se bâtir un monde imaginaire qui ferait oublier le monde réel. Socrate ne dit-il pas lui-même, dans le Phédon, que « les véritables philosophes n'ont d'autre souci que d'apprendre à mourir et de vivre comme s'ils étaient déjà morts » ? Les questions que pose le philosophe semblent tellement étrangères aux préoccupations de l'homme engagé dans la vie, que la philosophie apparaît comme un luxe dont seuls peuvent jouir ceux qui demeurent en dehors de la vie et dont on ne sait s'ils bénéficient d'un privilège ou sont victimes d'une disgrâce. ? B ? Plan de l'action : supériorité de la politique sur la philosophie. Il est remarquable d'ailleurs que la philosophie aboutisse ordinairement à une condamnation de la vie. Elle condamne, la vie naturelle au nom de la vie spirituelle et la vie sociale au nom de la vie intérieure. Comme il tend à oublier qu'il a un corps, le philosophe tend à oublier qu'il vit en société.Solipsisme : concept forgé à partir des termes latin signifiant « seul » (solus) et « soi-même » (ipse). Fondé sur un pléonasme, il recouvre surtout une critique : celle des philosophas pour qui le sujet pensant, par sa conscience, ne peut assurer la preuve que de sa seule existence, au détriment de celle d'autrui, et de tous les objets extérieurs. Le « cogito » de Descartes est notamment visé. Mais un sujet vraiment seul n'aurait ni conscience, ni langage et, aucune théorie n'existerait. Le sens du mot « solipsisme » se contredit donc lui-même.
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« II.

DISCUSSION — A — Esthétique et Philosophie. Il est bien vrai que toute philosophie est création d'une oeuvre et peut-être faut-il dire que dans cette création le philosophe cherche avant tout ce que Goethe appelle une délivrance.

L'homme n'est pas faitpour vivre simplement.

Ce qu'il y a de laideur dans le monde et d'absurdité dans l'existence, il ne peut l'accepter.

Et demême que l'artiste engendre la beauté, de même le philosophe apporte au monde les raisons et le sens que le monde n'apas en lui-même.

La philosophie, comme l'art, est bien une évasion.

Toutefois la situation du philosophe reste fortdifférente de celle de l'artiste car le monde dont il s'évade n'est pas le monde réel, mais un monde imaginaire quesuscitent et peuplent nos passions.

« Dans le fond, dit Alain, le métier de penser est une lutte contre les séductions et lesapparences.

Toute la philosophie se définit par là finalement.

Il s'agit de se délivrer d'un univers merveilleux qui accablecomme un rêve...

» C'est moins la beauté du spectacle qui importe au philosophe que la clarté du regard.

Le plaisirphilosophique, si l'on peut ainsi parler, se distingue du plaisir esthétique par ceci : qu'il dépend moins de la nature del'objet que de l'attitude du sujet.

La construction d'un système est une exigence de la raison mais le philosophe est aussil'homme de l'entendement dont l'exigence et la joie sont de voir les choses comme elles sont.

« Voir clair en mes actions,...» disait Descartes.

Ce que vise le philosophe, ce n'est pas seulement la beauté, c'est aussi et surtout la lucidité.

Ce quenous apporte la philosophie, ce ne sont pas seulement de belles oeuvres, « ces étonnantes constructions » dont parleValéry ; c'est aussi ce monde des idées à travers lequel nous saisissons mieux le monde des choses et des êtres.

Si Platonveut que l'on conduise le prisonnier hors de la caverne, ce n'est point seulement pour lui faire connaître la beauté dumonde intelligible, c'est pour lui faire découvrir la vérité des ombres de ce monde sensible où il doit reprendre sa place. — B — Politique et Philosophie. Ce n'est pas par hasard que les préoccupations politiques reviennent toujours dans Platon. Les vrais problèmes sont toujours ceux que pose la conduite de l'homme, tant publique que privée.

La politique et lamorale demeurent la fin de toute philosophie.

Certes Alain a raison : « La philosophie n'est pas plus une politique qu'ellen'est une agriculture », mais les spéculations métaphysiques, les considérations psychologiques, l'étude de la logiquen'ont de sens et d'intérêt que dans la mesure où elles permettent à l'homme de vivre mieux, c'est-à-dire d'atteindre lasagesse.

« On appelle réflexion, dit encore Alain, ce mouvement critique, qui de toutes les connaissances revient toujoursà celui qui les forme en vue de le rendre plus sage ».

Réfléchir, ce n'est pas se livrer à de vains jeux de la pensée, c'estessayer de se mieux connaître afin de se mieux conduire.

Comment pourrait-on en effet séparer la politique et la moraled'une conception de la nature et de la destinée humaines qui peut seule nous faire déterminer la place et le rôle del'homme dans le monde ? Ce qui est vrai, c'est que les solutions du philosophe sont fort différentes de celles du politique.Ce sont des solutions individuelles et peut-être n'y a-t-il, comme le disait Giono un jour, que des solutions individuelles.Les vrais problèmes sont toujours de soi à soi, il faut que chacun les résolve pour son propre compte, et c'est à quoi nousaide la philosophie.

L'homme politique rêve de résoudre des problèmes pour les autres et ce n'est qu'un rêve ; chacun nepeut compter que sur soi.

L'ordre social et les institutions politiques ne peuvent laisser l'homme indifférent, mais elles nerépondent pas aux questions essentielles qu'il se pose.

Tyrannie ou démocratie, libéralisme économique ou marxisme, ilfaut choisir sans doute, mais ce choix pour être valable suppose des vues précises sur la condition humaine qui estfinalement l'objet propre de la réflexion philosophique.

La philosophie n'est pas une politique, mais elle est l'âme de toutepolitique. — C — Science et Philosophie. D'ailleurs quand on reproche à la philosophie son manque d'efficacité, ce n'est pas sans quelque confusion.

La notion d'efficacité suppose, en effet, quelque fin à atteindre et il n'y a d'autre science des fins que laphilosophie elle-même.

L'activité sociale est justiciable, comme toute activité, du philosophe.

Le monde a connu fiessolutions politiques dont l'efficacité n'était pas douteuse, lorsque Hitler, par exemple, avait entrepris l'exterminationsystématique de tous ses adversaires.

Mais on voit bien ici que l'efficacité ne suffit pas.

On peut faire la même remarqueau sujet de la science : elle nous fait connaître des vérités, mais dire en quoi consiste la vérité, c'est la tâche duphilosophe.

Le problème de la valeur de la science, ce n'est pas la science qui le résout.

D'autre part, comme le remarquaitAuguste Comte, « l'étude scientifique est moralement dangereuse quand on n'y voit pas un simple moyen et qu'on veutl'ériger en but ».

La subordination de toutes les sciences à la sociologie dans la « synthèse subjective » signifie bien que laconnaissance de la vérité ne saurait être pour l'homme une fin.

Il est évident qu'il y a un bon et un mauvais usage de lavérité, par exemple des connaissances vraies concernant l'atome, et c'est pourquoi Platon mettait l'idée du Bien au-delà dela vérité.

Or la connaissance du Bien relève de la seule philosophie.

C'est que la science est impuissante à résoudre lesproblèmes fondamentaux de l'homme : que Dieu existe, que l'âme soit immortelle, et que l'homme soit libre, ce n'est pasune question de savoir mais de foi.

En ce sens la « foi philosophique », dont parle Jaspers, est essentielle à l'homme.Chacun fait de la philosophie à la manière dont M.

Jourdain faisait de la prose.

Le philosophe authentique est précisémentcelui qui ne se contente pas de prendre parti sur les questions essentielles sans y avoir suffisamment réfléchi, et c'estpourquoi le « connais-toi toi-même » de Socrate reste le dernier mot de la philosophie.

Il s'agit toujours de savoir ce quel'on dit et de savoir ce que l'on veut.

Prendre une conscience exacte de sa condition et de sa destinée, c'est l'ambitionmême, et la justification du philosophe.

Tout philosophe pourrait dire, comme Montaigne : « Mon métier et mon art, c'estvivre ». CONCLUSION Ainsi aucun des griefs que l'on a coutume d'opposer à la philosophie ne nous paraît décisif.

A côté de la politique, de lascience et de l'art, et nous dirions volontiers au-dessus, la philosophie conserve sa place.

Il est possible que l'on naissephilosophe comme le prétend Valéry, mais ce n'est certainement pas 'de la manière dont on naît sculpteur ou musicien.

Il ya dans la vocation philosophique cette exigence d'une condition humaine pleinement assumée qu'on ne trouve ni chezl'artiste, ni chez le savant ni chez l'homme politique.

Les questions que se pose le philosophe sont de celles auxquelles ilfaut avoir répondu pour mener une vie humaine : le philosophe est celui qui demande à réfléchir avant de répondre, ou, dumoins, qui demande à réfléchir sa réponse.

Que cette réflexion rende la réponse plus difficile, cela est certain.

Mais il fautdire qu'elle est par elle-même une réponse : « L'homme qui a une fois réfléchi, remarquait Lagneau, a transformé sa Vie, ilest impossible que cet acte de réflexion ne pénètre pas jusqu'au fond de sa vie ».

Il ne s'agit pas d'être philosophe pourphilosopher mais de philosopher pour être philosophe.. »

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