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Dans ses Témoignages sur le théâtre (1952), Louis Jouvet écrit : « le but du théâtre ne peut pas être une recherche d'ordre intellectuel, mais plutôt une révélation d'ordre sentimental ». Vous commenterez et vous discuterez cette affirmation en vous appuyant sur des exemples précis empruntés à vos lectures ou à vos diverses expériences théâtrales.

Publié le 30/03/2011

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jouvet

       Jouvet est homme de théâtre au sens d'un Molière, presque. En effet, s'il n'a pas écrit pour le théâtre, il fut acteur, professeur au conservatoire, directeur du théâtre de l'Athénée et collabora à de nombreuses mises en scène, particulièrement avec J. Giraudoux. Sa réflexion sur le théâtre oppose deux démarches : le théâtre est une quête de la vérité mais celle-ci ne peut être « une recherche d'ordre intellectuel, mais plutôt une révélation d'ordre sentimental «.

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« Le théâtre est rarement de pur divertissement.

Le plus souvent l'auteur n'entend ni distraire à tout prix, ni délivrerun message.

Une leçon se dégage spontanément du déroulement narratif.

On reconnaît ainsi à Molière une aptitudeindéniable et rarement égalée à la théâtralité ainsi qu'une réflexion sur la société de son temps.

Cependant lespièces ne sont pas réductibles à des traités de satire morale ou sociale : Le Bourgeois Gentilhomme n'est pas que lacritique du snobisme, Tartuffe la dénonciation de l'hypocrisie religieuse ou Le malade imaginaire le pressentiment desmalaises psychosomatiques. De même, contrairement à certaines simplifications outrancières, les tragédies de Racine ne « démontrent » pas lanocivité de la passion.

On ne peut interpréter ainsi la mort de Phèdre sans limiter, voire mutiler la pièce. La réflexion est incluse dans la pièce, elle ne s'adresse pas directement au public à travers des tirades indigestes.L'exemple du théâtre de Jean-Paul Sartre est révélateur.

Ces pièces sont une vulgarisation de l'œuvre philosophiqueet des thèses existentialistes.

Cependant, l'auteur réalise d'authentiques pièces en respectant les exigencesthéâtrales.

Ainsi Les Mouches proposent une réflexion directement liée à l'existentialisme, sur le pouvoir de décision,la liberté, et la valeur de l'acte.

La pièce reprend le mythe d'Electre, d'Oreste, de Clytemnestre et d'Egisthe.

La villed'Argos plongée dans la peur et l'hypocrisie, évoque de surcroît Paris, l'occupation allemande et le régime de Vichy.Les métaphores sont toutes puissantes, preuve d'une révélation d'ordre sensible mêlée aux développementsintellectuels, puisque les mouches, symboles de la peur, grossissent jusqu'à atteindre la taille des grenouilles...

J.-P.Sartre ne néglige aucune ressource théâtrale : il exploite le mythe antique et les métaphores dans Les Mouches,l'opposition de caractères dans Les Mains sales, ainsi, que la technique cinématographique du « flash-back », ledécor et ses accessoires dans Huis-Clos... Le théâtre se conçoit donc comme une polyphonie, un art complet jouant de la parole, de la voix, du décor, breffaisant appel à tous les sens pour obtenir cette révélation esthétique, chère à Jouvet.

Quelles formes peut-elleprendre ? La révélation sensible naît de la représentation, cette seconde naissance du texte théâtral.

Il n'est pas question derevenir sur le débat entre théâtre lu et théâtre joué, mais il est admis que la représentation confère à la pièce uneautre dimension, sinon sa réelle essence.

La représentation joue sur notre sensibilité.

Le théâtre est un lieu magique: rassemblement d'une foule d'initiés, murmures du public, annonce du spectacle par les trois coups rituels, présencedu rideau de scène séparant la salle de la scène, cette antre interdite avec ses coulisses, son côté cour, son côtéjardin...

Après viennent les révélations orchestrées par les professionnels de la scène : la mise en scène, lescostumes, les décors, les déplacements des acteurs, leur voix, leurs gestes, l'interprétation et la dimension qu'ilsdonnent aux personnages.

Ce que nous avions lu, cru comprendre, répété pour nous à voix basse, attendu, toutcela prend corps devant nous.

Nous vivons ce que nous avions espéré.

Le narrateur de La Recherche évoque ainsil'attente passionnée qu'il éprouve pour la Berma qu'il rêve de voir dans le rôle de Phèdre : « La Berma, dansAndromaque, dans Les Caprices de Marianne, dans Phèdre, c'était une de ces choses fameuses que mon imaginationavait tant désirées (...) mon cœur battait quand je pensais, comme à la réalisation d'un voyage, que je verrais enfin[ces vers] baigner effectivement dans l'atmosphère et l'ensoleillement de la voix dorée ».

Dans La Recherche...y ladésillusion sera grande, mais l'attente est magnifiquement préparée. La personnalité des metteurs en scène et des directeurs de troupe et de théâtre influe considérablement sur cetterévélation esthétique.

La collaboration entre un auteur et un metteur en scène ou les acteurs est fructueuse.

Nousavons déjà évoqué celle de Giraudoux et de Louis Jouvet.

Plus près de nous, pensons à celle de Beckett et de J.-L.Barrault et M.

Renaud qui fut l'interprète inoubliable de Oh, les beaux jours.

Dans cette pièce, l'héroïne au nomdérisoire de Winnie (de l'anglais to win = gagner), s'enfonce impitoyablement dans un mamelon de terre et continueà faire l'inventaire de son sac à main et à égrener ses joies quotidiennes.

Le théâtre contemporain, par ses audacesde mise en scène, tente de multiplier les révélations esthétiques : éparpillement des scènes en tréteaux devantlesquels circule le spectateur, installation des acteurs parmi la foule, participation requise du public, esthétismeraffiné du décor et des costumes...

Que l'on soit d'accord ou non avec ces réalisations montre qu'aujourd'hui lareprésentation jouit d'une importance indéniable et que le texte s'en enrichit. * ** Le théâtre est un genre littéraire spécifique.

Il est un texte certes, mais également plus que cela.

Il tire sa vie de lareprésentation, de l'art du spectacle.

Le pouvoir qu'il exerce directement sur le public l'entraîne parfoismalheureusement vers le didactisme.

La théâtralité y perd et le spectacle également.

La scène peut distiller unenseignement mais en s'adaptant aux nécessités théâtrales.

Le théâtre doit concilier la pensée et le plaisir sensible.La mise en forme du texte théâtral par l'auteur à laquelle s'ajoutent les audaces de mise en scène peut alors donnernaissance à un spectacle total qui combine les joies de l'esprit, des yeux et des oreilles telle la comédie-ballet queMolière, grand découvreur, illustra en son temps.. »

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